Accouchement difficile : est-ce un traumatisme ?


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Beaucoup parlent de leur accouchement comme le plus beau jour de leur vie. Mais pour celles pour qui ça ne l'est pas, et qui l'ont mal vécu.. Peut-être vous interrogez-vous... Est-ce qu'un accouchement peut causer un traumatisme ? Comment savoir si on a vécu quelque chose de traumatisant ? Quelle est la suite après cela ? Quelques éclairages sur le sujet.



Définition du traumatisme : qu'est-ce que c'est ?


Le traumatisme psychique, c’est le résultat d'un événement ou de plusieurs événements traumatiques, détaillés juste après.

Le trauma est le “coup” que l'on reçoit, l'événement difficile que l'on vit donc, et le traumatisme est la représentation mentale de ce coup. Cette représentation mentale entraîne une souffrance par dessus la souffrance. On retrouve attaché au trauma des émotions telles que la culpabilité, la honte, le sentiment d'échec, la dévalorisation, l'incompréhension...

Ce qui caractérise un événement traumatique, c'est qu'il doit :

  • Être une menace réelle ou perçue pour notre survie physique. Une menace perçue est ce que l'on perçoit comme menaçant même si ça ne l'est pas forcément pour quelqu'un d'autre. Typiquement les enfants qui n'ont pas les mêmes capacités de raisonnement ou de prise de recul, peuvent être réellement traumatisés par ce qu'un adulte juge non dangereux.

  • Dépasser notre capacité de réaction / d'adaptation, (ce qui entraîne un sentiment d'impuissance).

  • Survenir de manière soudaine et imprévue.

  • Produire un sentiment d'isolement, de solitude.

  • Aller à l'encontre de nos attentes.


Cet ou ces événements sont donc souvent accompagnés d'un sentiment d'impuissance, de terreur, de détresse, d'effroi, de solitude, d'abandon, etc.



Et l'accouchement dans tout ça ?


Reprenons la liste ci-dessus point par point, avec l'accouchement :


  • Lorsqu'un accouchement se passe mal, est mal vécu, il va forcément à l'encontre des attentes de la mère.

  • Si la mère ne se sent pas entendue, pas comprise, puisque personne ne traverse ce qu'elle traverse en accouchant, il peut y avoir un énorme sentiment de solitude.

  • Dans ce moment de vulnérabilité qu'est l'accouchement, avec le stress et l'inquiétude qu'il peut y avoir, la peur de mal faire et d'impacter la santé de son enfant, et la douleur qui peut être présente, il n'est pas rare de se retrouver submergée, et que le moindre événement dépasse les capacités de réactions et d'adaptation de la mère. Et cela, dans les cas les plus simples. Dès qu'il s'agit d'acte médical fait en urgence, ou non expliqué, ou de douleur forte, cela peut également être au-dessus des capacités d'adaptation du cerveau.

  • La plupart des événements qui sont mal vécus par les mères arrivent de manière soudaine et sont perçus comme menaçant pour la santé ou l'intégrité de la mère ou de son bébé.


De nombreuses événements d'un accouchement difficile entrent dans les critères de l'événement traumatique : une césarienne d'urgence, un problème avec la santé du bébé, les dangers pour la mère ou le bébé (pré-éclampsie, hémorragie de la délivrance, rythme cardiaque qui ralentit, etc.), une péridurale inefficace, des incisions ou coutures à vif, et bien sûr, toutes les autres violences obstétricales (voir article Comment reconnaître les violences obstétricales et gynécologiques). On peut donc réellement parler d'accouchement traumatique.


D'après la PATTCH et le CAIRN, environ 1 femme sur 3 décrivent la naissance de leur enfant comme un traumatisme.



Mais en réalité, accouchement traumatique ou pas, cocher les cases ou pas, peu importe... Si vous avez mal vécu votre accouchement, alors c'est le seul critère qui compte.

Vous l'avez mal vécu, et cela mérite d'être entendu, car toute souffrance est légitime.


Le vécu de la mère


Les mères projettent toujours un accouchement, font parfois un projet de naissance, ont une image et des attentes sur comment cela se passera.

Et lorsque la réalité est contraire aux attentes, en raison d'une urgence vitale, d'un manque de personnel soignant, ou d'un manque d'humanité et d'empathie de la part du personnel, il y a la double difficulté de vivre cela, et de devoir faire le deuil le l'accouchement rêvé.


Pendant l'accouchement, la douleur, le stress, l'inquiétude mais aussi les hormones, la situations, le contexte, peuvent complètement déboussoler la mère. Dès que le rapport humain est absent, que le personnel n'est pas à l'écoute de la mère, ou dans la compréhension de son vécu, le sentiment de solitude est immense. Certaines mères parlent de se sentir invisibles, impuissantes, comme des moins que rien. Ces violences psychologiques participent fortement au traumatisme...


S'en suivent après l'accouchement, des émotions qui se bousculent, avec souvent une grande culpabilité et l'impression de ne pas avoir fait "ce qu'il fallait". Le sentiment d'échec est parfois très fort, et entame l'estime d'elle-même de la mère.


La plupart des personnes (entourage ou soignants) ne perçoivent pas, et ne réalisent pas l'ampleur du mal-être de la mère. Les discours tels que "l'enfant va bien, alors tout va bien" peuvent être extrêmement douloureux, avec encore une invisibilisation de la mère. Il est ancré dans certains esprits que si le bébé va bien alors tout s'est bien passé, et que la mère doit forcément se réjouir.


Alors que c'est le moment où la mère aurait besoin de soutien, de compréhension, de valorisation : tu as été incroyable, tu as fait absolument tout ce que tu pouvais et le reste ne dépendait pas de toi, tu peux être fière de toi même si tu ne le vois pas encore.



Le traumatisme est plus vaste qu'on ne le pense


Les traumatismes sont plus vastes qu'on ne le pense, ils touchent plus de monde qu'on ne le pense. Car les traumatismes peuvent être "directs", et d'autres "indirects".

  • Directs : Lorsque quelqu'un a subi, ou a provoqué (volontairement ou involontairement), ou a été témoin de l’événement traumatique.

  • Indirects : Lorsque quelqu'un qui n’a pas subi de traumatisme direct est en contact répété avec une ou des personnes traumatisées, iel peut finir par présenter des troubles psycho-traumatiques également.

Le co-parent qui a vu la mère souffrir lors d'un accouchement peut donc également avoir un traumatisme suite à cela.

On sous-estime souvent la part du co-parent, car bien évidemment la difficulté est plus grande pour la mère. Néanmoins, cela a un impact aussi sur le co-parent, et celui-ci devrait aussi être pris en compte par l'entourage et le personnel médical.




Accouchement difficile, une souffrance psychologique - A fleur de Mamans


Les conséquences


Ces accouchements légitimement mal vécus ont un réel impact sur la santé psychique (et donc physique par ricochet). Ils sont un facteur de risque de la dépression du post-partum. Il ne suffit pas de passer à autre chose ou tout cacher sous le tapis pour que cela fonctionne. Un événement difficile qu'on enfouit sans le réguler émotionnellement parlant a des impacts sur la vie future : points psychologiquement douloureux (triggers points), jalousie envers les mères qui ont un bel accouchement, éviter les suivis gynécologiques pour éviter de revoir des médecins, culpabilité, impression d'avoir échoué ou d'être une mauvaise mère, impact sur l'humeur, impact sur le sommeil, etc...

Tout cela a donc un impact sur la vie quotidienne, sur les relations familiales, sur le suivi médical à venir. Il est important de prendre au sérieux l'impact psychologique qui a eu lieu.


Après un traumatisme, les étapes sont : crise, deuil*, transformation, résilience.

*Deuil dans le sens perte de quelque chose, et acceptation de cette perte.


Chaque mère a évidemment son propre chemin pour réguler les émotions due à son accouchement, chaque mère le vivra également différemment, et selon son ressenti, les ressources dont elle dispose, le type d'attachement (sécure ou insécure) vécu dans l'enfance, et sa capacité de résilience, chaque mère aura une manière propre de s'en remettre. Parfois seule, parfois entourée de proches à l'écoute, parfois avec une thérapie ou un soutien psychologique.


Si vous avez vécu un accouchement qui vous a marquée, vous trouverez de l'aide et des ressources sur la page d'accueil.



Appel à témoignage


Vous avez subi un accouchement difficile ou traumatique, et vous souhaitez raconter votre histoire ? Je publie régulièrement des témoignages anonymes sur ce blog, pour que des personnes qui auraient vécu des choses similaires se sentent moins seules. Pour m'envoyer un témoignage, rdv en commentaire de ce post, sur la page contact, ou sur mon instagram.



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